Journal de Sylvie

Mis à jour : 26 août 2019


Un jour de mon passé pas si vieux. Un jour cerveau droit.



Je regarde un ficus qui a poussé une grosse racine brune et solide hors de son pot. Je suis fascinée. Comment a-t-il su où se trouvait la terre?


Ses feuilles virevoltent dans le souffle délicat de la brise, à chaque frémissement les teintes de vert changent en mille tonalités. Parfois un petit éclat fait comme un infinitésimal miroir qui capte une partie du soleil, surtout si une goutte d’eau s’y est nichée.

Une paruline va jusqu’à lui et flotte délicatement sur une des plus hautes branche, une brindille presque, qui ploie à peine sous son poids. Son chant est peu mélodieux mais c’est un appel, une invitation, un quasi bourdonnement d’insecte mais presqu’aussi des mots. Ses plument frissonnent un peu comme si elle était en colère d’être incomprise et elle s’envole avec une force beaucoup trop grande pour son petit corps et va d’un trait jusqu’au plus haut palmier se baigner dans les éclats métalliques. Le vent plus fort là-haut fait résonner les feuilles de claquements secs, la paruline n’en semble pas perturbée et continue ses appels jusqu’au coucher doré du soleil pendant que je sirote un petit rhum brun...



Des jours très différents, des jours très cerveau gauche.



Mon chum se bat depuis dimanche avec une rage de dent, elle gagne...J’ai essayé tout ce qui est dans mes moyens, du Motrin/ Tylénol à la pommade de clou de girofle broyé en passant par la glace et rien ne marche...pleins de petits soins attentionnés plus tard (dans mon jargon d’infirmière, un «service privé » ) j’ai fait un souper mou...Puis il est allé hier, 1er juillet, férié, à une clinique d’urgence que j’ai trouvée ouverte après 6 téléphones, où j’ai l’impression que le jeune dentiste a été dépassé et a empiré la situation, mon chum est parti d’ici ( il n’a pas voulu que je l’accompagne) avec une douleur à 10/10 et revenu avec une douleur à 12/10 comme il dit. Je vous précise qu’il n’est pas du tout douillet. Moi pendant ce temps j’ai laissé 3 messages à notre dentiste habituel. À son retour j’appelle le jeune dentiste et lui demandant des détails pour lorsque je parlerai à notre dentiste, je me précipite ensuite à la pharmacie chercher les antibios et la codéine, une heure plus tard il est encore à 9/10 malgré un autre service privé. Je fais un autre souper mou.


J’avance d’une heure le second comprimé pour le coucher puis me réveille à chaque heure pour vérifier sa respiration. Je n’ai jamais été aussi heureuse de l’entendre ronfler et pour une fois je n’ai même pas envisagé une seconde de l’étouffer avec mon oreiller...

Donc ce matin debout à 7h30 avec le doux chant de la scie à métal chez le voisin ( mon heure organique c’est 9-10 heures, j’ai travaillé 20 ans de soir), j’attends le téléphone du dentiste, je lui donne jusqu’à 9h15, il rappelle à 9h10. On se parle, mon chum va le voir à 10h30.


Après qu’il soit parti, je profites de l’interruption de service privé, pour faire des téléphones et pour trouver un ingénieur tel que je l’ai promis à mes copropriétaires, le premier à qui j’avais déjà parlé quitte demain pour 4 semaines, il ne me l’a pas dit mais dans sa voix il y avait qq chose qui m’a fait réaliser à retardement que probablement sa mère est morte. Moi la débile je lui ai souhaité bonnes vacances, je crois qu’une partie de mon cerveau est partie chez le dentiste.

J’en rejoint un autre qui a eu la gentillesse de me parler, qui ne pourra se libérer avant plusieurs semaines mais qui me confirme que mes inquiétudes sur les travaux de mon nouveau voisin mitoyen (que j’appelle affectueusement Donald dans ma tête) ne sont pas hystériques et qu’en plus d’avoir pulvérisé la moitié de mon jardin il a aussi probablement porté atteinte à l’intégrité structurale de ma maison. Il me réfère à une autre firme, que j’appelle. Un ingénieur doit me rappeler d’ici 2jours... Courriels aux copropriétaires, il n’y a que celui du 3e qui me répond.

Là dessus mon chum rapplique, douleur à 5/10, ouf, changement d’antibio et doses de cheval de Motrin, j’espère qu’il ne se fera pas un ulcère d’estomac...

Un peu de temps en p.m. pour arroser les fleurs qui ont survécu à Donald et commencer mon journal avec un jour cerveau droit, ça fait du bien! Encore un peu de service privé plus autre souper mou ( je vais bientôt manquer d’idées)

Je me couche tôt je suis brulée, ça fatigue la douleur même celle des autres et j’oserais ajouter surtout celle des humains de sexe masculin.

Comme dit mon grand philosophe de chum: « quand t’as plus de problèmes c’est que t’es mort ». J’en déduis que nous sommes tous les deux très vivants!


Je n’ai qu’un seul regret: Pourquoi y a pas plus de jours cerveau droit? Sylvie Chouinard


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