Journal de Catherine Greffard

Samedi 6 juin, au matin

Même dans le silence de la nuit, je sens sa présence. Est-ce sa respiration pourtant silencieuse qui occupe un espace dans la quiétude de la nuit? Il rêve moins maintenant, on n’entend presque plus ses petits jappements qui nous indiquaient qu’il courait peut-être après quelque chose. On s’est toujours demandé ce qui peuplait ses songes. Maintenant, il grogne quand il bouge. La douleur rend son sommeil difficile. Il se lève fait le tour de la pièce. Se recouche à un autre endroit. Se relève. Tous ses déplacements me réveillent mais je ne souhaite pas entendre que le silence. Je veux que ses mouvements me tirent encore longtemps de mon sommeil dans lequel j’ai tant de difficultés à sombrer. Mais longtemps se résume maintenant à quelques semaines, au moins on ne compte pas encore les jours.

Dimanche fin de journée

Qu’est-ce qui ressemble plus à un arbre qu’à un autre arbre dans un forêt? Ai-je suivi le bon chemin de quatre-roues ? Le sol compacté absorbe les bruits de pas. Quand Fripon est derrière moi, je le sais par sa respiration et non par le bruit de ses griffes sur le sol. Fougères, arbres, plantes dont le nom m’est inconnu. Fougères… arbres… quelle est cette tache de rouge au milieu du sentier? Une cartouche, neuve? Pourtant la saison de la chasse est terminée depuis longtemps. Mon chien, pas chasseur pour deux cennes, fige au milieu du sentier, le museau en l’air. Une, deux secondes, puis détale au galop sans se retourner. Mon souffle, mon pouls s’accélèrent.

Mardi après-midi

Je tombe à genou sur la chaussée. Tous mes sens ont perdu leur acuité. Le piaillement des oiseaux, le vent dans les arbres, les sirènes, tous ces bruits m’apparaissent lointain, filtrés. J’ai froid alors qu’il y a à peine quelques instants, je trouvais la chaleur accablante. Mes yeux n’arrivent pas à faire le focus. Combien de secondes, minutes se sont écoulés? Retour brutal dans la réalité lorsqu’un homme me touche le bras. La jeune femme étendue sur la chaussée, c’est ma fille.

Jeudi soir.

La voiture à peine stationnée, j’ouvre la portière à Fripon qui descend lentement après quelques hésitations. Il se dirige en boitillant vers le terrain du voisin. Il accélère quand il sent son ami assis près du feu. Toute trace de raideur a disparu. Un signe de la main à notre attention. Un rire. Fripon revient vers nous la queue battante. Je lui souris et lui caresse la tête. Il se frotte sur moi et me suis à l’intérieur.

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