Variations de tons de Rabenje Margouillat

J’observe une mère qui jardine devant leur maison alors que son fils en couche joue avec la terre et les plantes qu’elle a arrachées. Il se salit joyeusement.


La présence de sa mère le rassure. Il teste ses limites d’autonomie et de bêtises.


La terre devrait avoir bon goût puisqu’elle a la couleur du chocolat. Il évalue sa consistance en la regardant s’effriter entre son pouce et son index droits. C’est la découverte de cet élément qu’il foule tous les jours sans vraiment comprendre sa nature.


Je remarque que du coin de l’œil, sa mère le surveille sachant très bien ce qu’il va faire.


Alors qu’elle plante un géranium, il la regarde en mettant rapidement un peu de terre dans sa bouche. Le rire de la victoire se transforme rapidement en une grimace tandis qu’il crache un jus marron gluant.


Pas dans la bouche, dit-elle avec une voix douce.


Il rit aux éclats et s’enfuit en courant maladroitement vers l’arrière de la maison sans oublier de mettre de la terre dans sa couche pour la goûter à nouveau plus tard.

Elle le suit à petits pas rapides en lui disant :


Je vais t’attraper.


Son équilibre précaire le trahit et il tombe en riant.


Elle l’emmène se laver la bouche alors qu’il la regarde avec son regard espiègle, ravi de son exploit.


Entendant des cris d’enfant, je m’arrête et observe une maman qui jardine devant chez elle avec son fils en couche. Il s’amuse sans retenue avec la terre de la plate-bande.


Je suis stupéfait de constater que la mère ne porte aucun intérêt aux agissements de son fils qui pourrait se blesser.


Il avale de la terre et elle ne dit rien, il va attraper des maladies infernales et pourrait être hospitalisé.


Devrais-je appeler la DPJ pour lui signaler ce cas désespéré? A moins que je ne compose le 911. Ca pourrait être la meilleure solution pour mettre fin à cette scène tragique.


Il se sauve en courant, elle doit le terroriser et il cherche un refuge. Il hurle de douleur.


Va-t-elle l’enfermer dans sa chambre pour le punir?


De retour, je raconte à mon épouse ma rencontre avec son amie qui a un jeune fils généralement en couche lorsqu’il est dehors avec elle :


Elle adore son fils qu’elle élève avec passion et c’est réciproque. L’interaction entre eux est une véritable démonstration de ce qu’est l’amour maternel.


Elle plante, lui éparpille tout avec bonheur. Il découvre la variété de la flore et ne se gêne pas pour tout goûter.


C’est l’apprentissage que pratiquent si bien les enfants. Ils s’intéressent à tout avec curiosité et sans complexe. Sa mère l’a compris et lui laisse le champ libre.


Il a goûté la terre. Nous avons bien ri, lui aussi bien que surpris par ce chocolat bizarre.


Sa mère poule, dit-elle,


Plutôt mère couche et mère repas! Le petit comique a tout compris, répondit-il


Serais-tu jaloux? répliqua-t-elle,


Je vais dans mon garage, dit-il pour clore ce douloureux chapitre sur la vie des pères.


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