Un rancart - Lipogramme Line Bérubé

Un matin chiant! Sam quitta son lit trop tard. Son cadran n’avait fait aucun bruit. Pourquoi? Il fallait partir tôt, il avait un rancart. Trop tard pour un bain. Aucun soin du corps, aujourd’hui. Tant pis pour son parfum ingrat, puant! Il s’accoutra torchons jonchant au sol, dans un coin. Il alla cahin-caha pour saisir son transport commun. L’autobus arriva plus tard, farci d’individus. Sam trouva un banc. Il avait mal dormi, car son rancart l’angoissait. Soudain, abruti par sa nuit, Sam s’assoupit pour un instant, piqua du tarin puis s’affola. Il avait rancart dans un instant, mais où? Ah oui! Bistro Gingras! Aucun souci, murmura-t-il. Là‑bas, il n’avait qu’à voir un fichu blanc. Sortit du car, il passa droit au quai, tourna au coin, puis fit son apparition au bistro.

Quand Tom vit Sam, il trouva ça laid. Sam collait, confus, dans hall du bistro. Sa vision balayait tout autour, parmi un public. Haillons pour habit, godillots flapis, l’air abattu. Son dos rond, bras ballants, un grattoir avait combattu son crin roux pour adoucir un prurit. Un favus dont il souffrait... Son coco moins garni luisait par coins. Un châssis saillant sur son pif trop court lui procurait un look distrait, naïf, quasi nigaud. Assis au bar, Tom, attrayant à souhait dans son habit Armani au tissu brillant, scrutait Sam au loin. « Étonnant, fascinant, parfait! », murmura-t-il. Ravi, satisfait, il sourit. Sam saisi d’un trac inouï scrutait toujours, mais sans profit. N’ayant pas vu un fichu, Sam voulait partir. Alors, Tom glissa un long foulard satin blanc à son cou. Sam constata tissu, s’avança un pas à la fois, clopin-clopant, jusqu’au comptoir. Il arriva au banc, sans fournir un mot. Tom offrit sa main à Sam. Il lui lâcha : « Wow! Casting parfait! J’ai un job pour vous dans un film! »

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