UN PROMENEUR, DEUX PROMENEURS ...


  • De l’autre côté de la rue, là où il y a un trottoir, je vois toutes sortes de gens circuler, surtout aux heures d’arrivées et de sorties d’école. Les brigadières scolaires s’intéressent surtout aux tout petits, et sermonnent les plus grands qui traversent en courant, et ne tiennent jamais compte de leurs remontrances. Moi, je me promène dans le quartier depuis ma retraite. Ne pensez pas que j’y habite, pas encore, mais bientôt, j’en rêve ! Je guette les pancartes «A LOUER».. Je me tiens du côté sans trottoir pour avoir une vue plus large sur l’animation. Les parents viennent surtout à la sortie de l’après-midi. Certaines mamans se chuchotent des choses en me regardant du coin de l’œil. On se croise souvent; seule à seule, on se salue d’un petit signe de la tête. Peut-être sont-elles inquiètes du fait que je n’accompagne aucun enfant. Je peux les comprendre, il y a des histoires si horribles. Au moindre danger, je serai la première à alerter. Il faudra que je rassure l’une ou l’autre, et le message circulera aussi vite que l’inquiétude, mais laissant un doute, une méfiance dans les esprits.

  • Elles me croient étrangère! C’est vrai, je le suis encore à cause de mon accent. Je débarque de 32 ans de vie professionnelle dans le quartier des affaires. Je ne faisais que travailler. Je vais découvrir mon décor, mon cadre de vie (J’ai laissé quelques cadres-collègues obsédés par leurs dossiers, pour quelque chose de plus joyeux! et festif, un cadre de vie à mon goût ). Je me sens en vacances. le vent dans les voiles. J’ai tout mon temps et je compte le savourer, une bouchée à la fois: dormir le matin sans bousculer mon réveil; m’étirer devant une fenêtre ouverte; laisser tiédir ma tasse de thé pendant que j’enfile une tenue confortable; partir au hasard à la découverte d’un petit bout de rue, d'une cour intérieure cachée derrière une porte cochère; croiser ces petites vieilles qui secouent leur tapis et s’informent de leur repas du midi; dépasser ce promeneur et son chien, chasser les pigeon qui salissent les bancs, les fontaine, et encore! Encore dépasser cet homme et son chien.

  • .<< Tiens, lui, c’est bizarre, il est souvent sur mon chemin … Il y a suffisamment de rues pourtant. Son béret? Ce béret de couleur délavée, ce béret si commun dans certaines régions, on en voit peu par ici >>.

  • Peu importe, je continue ma promenade en remarquant des détails dans la pierre des maisons, des sculptures au-dessus des portes; la prochaine fois, ne pas oublier mon appareil de photos. Plus je le visite, plus je l’aime ce quartier, mon quartier, car il est à la fois calme et vivant, sécuritaire et animé. En passant d’une rue à l’autre, le contraste est notable entre les rues ombragées et les rues commerçantes. Puis on traverse la place du marché, la place de l’église, celle de la mairie. Trois rues plus loin, voilà la rue des lavandières, et on arrive au coin de …

  • … Au coin se tient le béret et son chien, au coin des halles. Il a l’air bizarre car il semble errer, ne pas savoir où il va, il est apparemment propre, du vieux linge propre, il peut passer inaperçu, comme moi … Je poursuis mon chemin et une pancarte indique Rue des abattoirs. Je frissonne; je veux me retourner. Ce béret lui donne un air louche. Le ciel se couvre, pas grave, au contraire car j’’aime les jours de pluie, quand les parapluies ajoutent leurs couleurs à celles des sacs d’école. Tout devient joyeux! Mais ce matin est différent. J’ai hâte de rentrer.

  • Il a l’air d’un étranger. Je m’affole, je marche vite, mon cœur palpite. Je ne l’ai pas entendu parler notre langue. De loin, je l’ai entendu parler à son chien; moi, je n’ai rien compris, le chien a dressé les oreilles; ce chien bave: est--il tenu en laisse? Ces étrangers, qu’ont-ils dans la tête? Devenir brigadier scolaire? C’est mon prochain rêve à réaliser. La Retraite, le Calme, les moments joyeux , vivants et animés, les sorties d’école en tant que brigadière, protéger les enfants, la valse des parapluies les jours de pluie, que tous les parents n’entendent plus mon accent, seulement ma voix !

  • Enfin, rentrer vite chez moi. Je voulais vous dire que si vous avez un appartement à louer, votre pancarte, je préfère qu’elle soit du côté de la rue avec des arbres et le trottoir.

Marie-José Trevis le 23 novembre 2020


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