Un autre monde de Nathalie Ménard

Lorsque Virginie pousse mon fauteuil roulant dans la petite salle d’attente du neurologue, nous apercevons la réceptionniste, à notre gauche, par la petite fenêtre au-dessus du comptoir. Elle nous salue d’un hochement tête, masquant difficilement son agacement vis-à-vis une patiente, que nous ne voyons pas, dissimulée par la porte d’entrée du bureau. Son sourire habituellement accueillant, ressemble à une grimace cet après-midi.


Il semble y avoir un problème pour trouver une date de rendez-vous et la patiente ne saisis pas les procédures à suivre afin d’obtenir son nouveau traitement. À chaque fois que la réceptionniste est interrompue par des appels téléphoniques, elle doit reprendre les explications du début.


L’infirmière vient porter main forte à la réceptionniste, qui ne sait plus où donner de la tête. Elle me demande de lui remettre ma carte d’assurance et la liste des médicaments que je prends. Je fouille dans mon sac à main pour les trouver pendant que Virginie m’informe que je devrais déjà les avoir en main, en me spécifiant que ça facilite le travail des réceptionnistes. Je comprends qu’elle sympathise avec l’employée de bureau, ayant elle-même déjà occupé cet emploi mais, énervée par les propos de ma fille, j'échappe trois fois ma carte et je soupire profondément.


Quand elle ajoute que je dois me tasser pour laisser passer la patiente qui a finalement compris les explications et qui a obtenu son rendez-vous, je propulse mon fauteuil en arrière pour donner assez d’espace au triporteur. Trop reculée et n’ayant pas remarqué que je bloquais la porte, je reçus celle-ci derrière la tête, lorsqu’un couple essaya d’entrer. Souhaitant libérer le chemin pour les nouveaux arrivants, je m’avance mais, je fonce dans le triporteur de la première patiente et je me coince les doigts entre ma roue et le banc du triporteur. Virginie tire sur les appuis-bras de mon fauteuil, en reculant et trébuche sur le pied de l’infirmière qui venait faire la circulation dans la toute petite pièce. Ma fille se retrouve assise par terre.


La réceptionniste, encore plus embrouillée par cette commotion, remet ma carte d’assurance ainsi que le mauvais feuillet d’explications à la dame au triporteur. Énervée, lorsqu’elle réalise son erreur, elle hausse le ton et crie: tout le monde prend un siège et garde le silence! Alerté par les cris et les bruits, le neurologue vient voir ce qu’il se passe et tente de calmer son personnel, sans grands succès. La réceptionniste prend son manteau et son sac à main et sans se retourner dit aux deux autres: je démissionne!


Virginie, à la recherche d’un emploi, offre ses services au médecin.

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