Souvenir sensoriel de Jo du Lac

Lorsque je pense aux Noëls de mon enfance, de nombreux souvenirs me reviennent en mémoire.

Mes soeurs et moi partagions une chambre à l’étage. Le 24 au soir, nous devions nous coucher tôt, mais le sommeil se faisait toujours attendre, car

montaient jusqu’à nous des sons, mais surtout des arômes qui venaient chatouiller nos petits museaux. Impossible de dormir!

En premier, l’odeur entêtante de la cire que notre mère avait généreusement étendue sur les carrés de linoléum de la cuisine.Puis, celle des tourtières.Le fumet des épices, mêlées à celui de la viande qui cuit doucement dans le nid de pâte qui se colore sous la chaleur du four, n’a pas son pareil. Puis, viendra le tour de la dinde. Nous adorions les effluves de la volaille, à la peau gorgée de beurre et arrosée de quelques jets de coca-cola… oui, oui vous avez bien entendu. Ma mère arrosait la dinde de Coke, sa boisson préférée.


Durant les semaines précédentes, la production de beignes moelleux, de carrés aux dattes, de tartes aux pommes et à la farlouche avait chatouillé nos sens avec des arômes de sucre candi, de cannelle et de muscade. Mais aussi des raisins secs macérés dans le rhum jamaïcain qu’elle gardait au fond de sa pantry .

Une fois, une fois seulement, nous avions attendri le coeur de maman et avions eu droit à un morceau de sucre à la crème et d’un demi brownie à peine sorti du four. Le parfum de chocolat noir bien corsé me fait encore saliver. Après, tout avait disparu. Dieu sait où ? Il nous faudrait patienter jusqu’au matin du 25 pour les retrouver dans nos bas de Noël.


Mais revenons à ce 24 décembre au soir. Notre père, nous le savions, attendait notre couché pour entrer le sapin fraîchement coupé qui à son tour, embaumait la maison de son essence de résine et de sciure de bois. Ma mère lui servait alors un grand verre de bière dont l’odeur me donnait mal au coeur. S’y mêlaient rapidement les émanations de leurs cigarettes qui masquaient quelque peu le houblon fermenté.


Au petit matin du 25. Nous attendions le signal pour descendre à la cuisine. Les tartines grillées sur la plaque du poêle, et l’odeur du café auquel nous avions droit en cette unique journée. Il serait bien sucré et noyé dans du lait chaud vanillé.

Il restait bien les relents de cire refroidie et des vestiges de cigarettes écrasées au fond du cendrier. Mais accrochées au sapin, de grosses oranges (que nous devinions bien juteuses) piquées de clous de girofle enivraient l’air d’un baume festif.

Aussitôt le petit déjeuner englouti, nous courrions chercher nos bas de Noël. Déposés sur le dossier du sofa, ils étaient remplis à craquer. Quelques babioles, un carré de brownie et un morceau de l’onctueux sucre à la crème de maman. Mais aussi de friandises du commerce; jujubes, réglisses, cigarettes Popeye. Et… plaisir des plaisirs, une boite de gommes « Chicklet » rouge à saveur de cerise.


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