Page fendue de Ève Charette

La nourrice de Tam prit ses jambes à son cou sans regarder derrière. Elle enfourcha son vélo, pédalant pendant des heures à tout vitesse, l'enfant toujours suspendu au dos avec comme promesse de l'emmener suivre des leçons de musique, lorsque tout serait loin derrière eux.

Son pantalon des dizaines de fois, s'était accroché dans la roue du vélo et força des haltes trop fréquentes. La peur toujours au cœur elle en profita tout de même pour se permettre d'ouvrir le livre rempli de photos qu’elle avait emporté avec elle dans leur fuite.


Voici, l’histoire de Fay et Tam. La nourrice et l'enfant abusés.


Ce n’était pourtant pas dans ses habitudes d’épier ainsi les comportements des gens et elle

rageait à prendre place dans cette espèce de contrecoup, mortifiée qu’elle était devenue, autant le jour que la nuit, elle la protégeait du mieux qu’elle pouvait des terreurs devenues leur réalité à toutes les deux.Se couchant entre elle et lui... lui, n’y voyant qu’une occasion tendancieuse de plus.


Afin de respecter l’intimité de Tam, surtout en raison de son jeune âge, la nourrice a cherché camoufler les actes affreux infligés pour sa vertu et demanda un transfert de pension aux différents enseignants de la région. Mais sans grands succès. Considérant l'énorme pile de formulaires qui permettraient certes leur fuite mais à quel prix ? et dans combien de temps ? Déjà, le délai d'admission de l'école la confrontait à la réalité du déplacement impossible en raison de l'emplacement situé à Saigon, le lycée avait une bonne trentaine de kilomètres de distance à parcourir. Impossible donc, de penser aux déménagements, aux occupations même temporaires, ailleurs qu'ici et encore moins à leur libération salutaire.

Pourtant Fay n’abdiqua pas de sa mission tout en préparant sa vengeance pour les sauver de ce cauchemar. Constamment repenser son plan. Depuis sa fondation au début jusqu'à la délivrance tant attendue. Fay vaquait à ses opérations quotidiennes en reconduisant Tam au collège de jeunes filles comme à chaque jour afin d'y apprendre le français. Depuis peu, le gouvernement exigeait l'utilisation du français en milieu scolaire mais aussi en ville pour le travail.

Deux heures de cours par jour pendant la petite enfance et pendant le parcours scolaire au primaire.

Quelques décennies plus tard Tam était encore reconnaissante des bienfaits de l'apprentissage du français bien que l'enseignement en langue avait été ardu. C'est ce qui avait permit leur liberté.




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