Pénélope

C’est le soir, une soirée d’été. Je suis assis au salon, je lis ; Astride, elle, regarde l’écran de son ordinateur. Elle me semble rêveuse. Cela fait peut-être une heure que Pénélope, notre fille, cinq ans, est montée se coucher. Les fenêtres sont ouvertes, tout est calme, serein, une brise légère fait flotter les rideaux et, avec elle, entre une odeur de foin frais coupé. On n’entend que Sophy ronronner. Mais soudain !

— Papa ! Papa !

Je lève les yeux de mon roman, un vieux livre que souvent je relis. Astride me regarde, les yeux immensément ouverts.

— Papa ! Papa !

Je laisse choir le bouquin, grimpe deux à deux les marches de l’escalier, ouvre la porte.

— Pénélope ?

J’allume. Notre fille est assise, adossée à la tête du lit. Elle tient son oreiller serré contre sa poitrine. Elle a de grands yeux étonnés.

— Papa ! Y’avait un drôle de bonhomme dans ma chambre. Tout vieux. Tout courbé. Tout ridé comme une vieille pomme. Il était assis sur un petit nuage tout blanc. Mais ses yeux brillaient. Et il avait pas l’air méchant… Papa ? C’est quoi ?…

Je la regarde. Je ne sais que lui dire. Je m’approche, m’assois sur le bord du lit.

— Pénélope…

— … Pis dès que je t’ai appelé, il s’est comme effacé ; c’était comme si on l’avait gommé…

— Je sais pas trop que te dire, ma fille. Ce n’était peut-être qu’un rêve. Rendors-toi. Je vais rester à côté de toi. Veux que je te tienne la main ?

Elle s’est renfoncée sous les draps, a glissé sa menotte tiède dans la mienne. Combien de temps suis-je ainsi resté ? Son respir redevenait tranquille, et ses doigts au creux de ma main tout mous. Très lentement, je desserrai les miens. Et plus lentement encore les retirai. Tout doucement, je me levai, marchai, sortis, refermai la porte, redescendis les marches.

Astride, d’une voix à peine plus qu’un silence.

— Elle l’a vu ?

— Oui. Elle l’a vu.

— Il va falloir lui parler, tu sais.

— Je sais. Mais c’est si difficile ! Tu sais, je devais avoir son âge, ou presque, lorsque ma mère me l’avait expliqué, je n’avais pas tout compris, mais ça m’avait tant marqué…

— Tu n’es pas le seul. Moi, j’avais six ans. À l’école, des filles en parlaient, mais je ne comprenais rien.

— …

— Mais, tu sais, à nous deux… non ?

Je lui souris.

— Astride, tu as raison. Comme toujours… Je t’aime…

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