Lipogramme — La saga du soldat

Mis à jour : 26 août 2019

La saga du soldat

À la saison du lilas, jadis, un soldat allait, pas balourd dans son godillot cracra, bras ballants. Il marchait, marchait. À la main, un fusil, un tromblon caduc sans munitions. Dans un harnais autour du corps, un poignard, un surin, un kandjar, un kriss malais… un canif. Au dos, un grand sac lourd. Dans un plat d’alu, un sandwich au jambon, pain rassis, cochon tout moisi, un saucisson, un litron, du vin aigri. Puis vingt ou vingt-cinq gros bouquins, Villon, Aragon, Dumas, Vian, Balzac, Camus, Victor Hugo, Marx — il trouvait ça capital ! Mais aussi du polar de scribouillard ! Soudard, il allait au conflit confiant, baroud, baston, tout combat l’animait. La paix, il haïssait. Il avait fait le Kosovo, l’Irak, l’Afghanistan, l’Iran, le Pakistan, l’Hindoustan, Le Kazakhstan, le Tadjikistan, Le Kirghizistan… il alla jusqu’au Bhoutan, où un provo partisan d’un coup d’un long surin mit fin à la saga.

Un grand choucas noir fit un fricot du macchab. Nul n’ouït plus jamais son nom, ni tholos ni tumulus gardant son souvenir, sur lui, sur son karma, la nuit pour toujours tomba.

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