Lili Lola

Elle s’appelle Lili Lola Laluette. Elle apprend de manière abrupte dès sa première année que son nom n’est pas courant. La maîtresse le répète plusieurs fois avec un sourire qui a toute l’apparence de la malveillance. Qu’à cela ne tienne, elle portera avec courage cette flopée de « l » et deviendra la plus elle des elles en développant une féminité excessive surtout pour une enfant de son âge. Ai-je mentionné qu’elle entre en première année à l’âge de quatre ans et demi?

Bon, hormis cette petite différence, elle traverse son primaire avec succès, sans exploit notable à l’exception d’une propension à une excentricité extrême dans le domaine de la coiffure. Et l’incroyable chance d’avoir gagné le tirage de fin de deuxième année : une paire de lunette d’approche pour le théâtre. Prédestination ou prémonition? Difficile de conclure, mais elle entre au Cégep en production théâtrale à l’âge de quatorze ans et demi pour ensuite bifurquer en interprétation et entrer par la grande porte de la petite école sise rue Saint-Denis, ancien tribunal de la jeunesse où elle aurait pu tout aussi bien atterrir, mais cela est une autre histoire que je ne raconterai pas ici.

Portant pendant les trois années de sa formation la tonsure, une permanente, les tresses africaines, la frange droite et le mohawk, elle songe sérieusement à entrer chez les sœurs cloîtrées rue du Carmel, afin d’aller rejoindre la cousine de sa mère qui s’y trouve depuis quelques années. Mais le petit bonhomme de la réalité vient faire résonner la cloche du temps qui passe et elle va gagner sa vie dans une profession qui justement ne permet à personne de la gagner, sa vie.

Cependant, elle a beaucoup de plaisir à la vivre sans en tirer profit. Elle se promène à travers la ville passant d’une salle de répétition à une salle de spectacle, n’ouvrant jamais l’œil avant onze heures. Sa coiffure préférée est la tresse française à la Esther Williams, tout indiquée pour ses multiples déplacements à vélo. Eh non, elle ne porte pas de casque; trop orgueilleuse, elle refuse de ressembler à un crapaud.

Elle arrive à l’université par hasard ou peut-être par amour. Elle exécute ses travaux de maîtrise dans les chambres d’hôtel qu’elle habite pendant les tournées sous le regard mi-moqueur, mi-révulsé de ses ami.e.s comédien.ne.s.

Ses études universitaires se termineront avec un début de doctorat sur un crâne chauve. Calculant la dette d’étude qui l’attendait d’ici la livraison de son diplôme et les efforts qu’elle devait continuer à fournir pour parfaire sa maîtrise de l’anglais, elle soupira profondément et jeta du lest pour s’envoler dans un ailleurs nouveau.

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