La tempête. Jo du lac

La tempête faisait rage! La neige tombait abondamment, le vent soufflait en fortes bourrasques. Thomas avançait, luttant contre les éléments déchainés de l’hiver québécois. Les flocons lui fouettaient le visage telle une myriade de petites aiguilles de glace. Son estomac se contractait de douleur, ses mains tremblaient et son cœur battait à tout rompe. Sa colère s’amplifiait au rythme des rafales et il laissa échapper un cri de douleur, qui se perdit dans la furie de la tempête.

La nuit avait été rude. La drogue, hier, l’avait propulsé dans un high vertigineux dès la première ligne…mais sa puissante odeur de chlore aurait dû sonner l’alarme.


Le maudit dealer avait menti : la coke était coupée avec une substance qui l’avait fait halluciner pendant des heures. Alors qu’il aurait dû se sentir boosté, euphorique et alerte, voilà que les murs de la chambre sombre et sale qui abritait les junkies du coin s’étaient mis à tourner et à tourbillonner, le rendant étourdi et nauséeux. Une fille trop maigre et trop maquillée s’était glissée près de lui. Il ne se souvenait plus de la suite. Au petit matin après avoir repris ses esprits, la fille avait disparu ainsi que sa montre, son portefeuille et son alliance.

Comment allait-il expliquer ça à Élise?


Le froid et les bourrasques n’étaient rien à côté de l’appréhension qui lui compressait la poitrine à l’idée de devoir à nouveau mentir à sa femme. Sa vie s’enlisait dans un enchevêtrement de tricherie, de cachoteries et de petits larcins. La semaine dernière, il avait falsifié une ou deux factures, empochant quelques billets qu’il aurait dû mettre dans la caisse. Il lui fallait de l’argent, encore plus d’argent, pour se procurer cette poudre blanche qui le faisait planer. Et qui chassait comme un coup de blizzard, son angoisse, son désespoir, sa honte.

Il ne savait plus comment se sortir de cette tourmente. La première fois, c’était simplement pour engourdir la souffrance. S’abrutir, oublier pour un instant la culpabilité qui le consumait. Ne plus voir le vide, le froid dans le regard d’Élise: si accusateur!


Depuis, il songeait souvent à en finir. Mais Élise avait besoin de lui. Et le petit Jacob aussi...

À la pensée de l’enfant, il ressentit une pointe de remords aussi brulante et mordante que les flocons glacés qui fouettaient son visage. Oui, se dit-il, il y a encore Jacob et je dois prendre soin de lui. Si seulement je pouvais me remettre sur le droit chemin, reprendre pied, et balayer cette vision d’horreur.


Sur ces mots, il éclata en sanglots, glissa et trébucha sur un amoncellement de neige dure et sale. Étendu sur la chaussée, il ne vit pas la chenillette arrivant à toute vitesse qui le percuta comme s’il n’avait été qu’un tas de guenilles abandonnées dans la tempête. Des spasmes de douleurs parcoururent son corps et le froid mordant de l’hiver l’enveloppa tout entier.

Juste avant de mourir, il eut une dernière pensée pour Théo. Théo n’avait pas eu froid. Non, il n’avait pas eu froid! Il avait suffoqué dans la voiture où Thomas l’avait oublié, par une journée où le mercure dépassait les 32 degrés. Son petit Théo, retrouvé comme un tas de guenilles abandonnées.

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