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La souffrance de l'allumette

L’allumette de mon âme est mince comme une ombre. L’odeur souffrante du brin de bois qui se consume atteint mes narines. Et un pédalo passe, gros, gras et très bruyant. La subtilité du pédalo n’a jamais été démontrée dans ce monde qui s’enfonce plutôt que de naviguer. Pouvoir écrire une histoire sur la mère, la mer et non la mère, m, e, r, e. La mère, nous en avons assez de toutes ces mères qui s’étendent dans nos vies et créent ainsi des débordements impossibles à endiguer. Au secours! Je me noie, lance l’allumette, toujours ombrageuse et sceptique. Fausses septiques. Non! Sceptique avec le c serait préférable à cette logorrhée illogique. Sans jugement, me dicte mon jugement enfermé dans sa boîte crânienne bien close qui n’ouvre pas sur un monde nouveau. La nouveauté est une valeur sûre et le sciage est certainement un bon outil de coupe. Trancher à travers les imbécilités de notre civilisation, scier avec le plaisir de la dent qui gruge le bois de chauffage. Scier, sciage, crier criage. Le criage de mon visage se démultiplie avec l’effet arborescent de la pousse d’automne. En serre évidemment, surtout sous ce climat incertain jaune et gris. Je scie comme je crie, se disait-elle toujours impressionnée par son grand talent. C’est vrai, il y avait là une somme de talents non négligeables qui se perdaient à vouloir tout gagner. C’est le risque. Le sciage risqué est une pratique nouvelle qu’elle n’a pas encore eu le courage d’essayer. Vous sciez d’abord et le risque vient plus tard, surtout si vous êtes assise sur le bout de la planche. Film humoristique en noir et blanc avec celui qui toujours tombe en bas de ses souliers. Des cothurnes, voilà! Et c’est pourquoi la chute est dangereuse. Des cothurnes, c’est rare de nos jours, mais tellement sympathique. La scène, l’atrium avec son air extérieur, frais et clair et les grandes voiles qui s’agitent au vent. Les sièges de pierre, les masques qui amplifient les voix de la tragédie. La grille engrenée et suave. Voilà une perspective féroce. J’aime la férocité, mais quand même il faudrait modérer ses ardeurs, car l’exercice deviendra non pas dangereux, mais suicidaire. Féroce comme la tête pleine de dent, féroce comme la fuite en avant, féroce comme le feu farfouillant la faune et le fauve fouissant la furibonde. Le f des elfes, effectivement. Nous n’en avons jamais assez de tous ces sons qui sonnent et résonnent dans nos tympans pas trop grand, si petit dans les faits que le marteau et l’enclume finissent par se bousculer et cela crée de l’incohérence et des vibrations inusitées.

Originale et inusitée, voilà les premiers mots qui se formèrent sur les lèvres de sa mère quand elle l’aperçût pour la première fois. Bébé naissant décrivant son désarroi par des crissements inarticulés. Elle fit fi de toutes les finesses qui ensuite s’ajoutèrent à cette culpabilité bien maternelle. Elle en fit tellement fi qu’elle perçut le filet de fiel qui s’allongeait sur ses mollets. Finfinaude et futée, elle ne fut plus qu’une buée dans la pupille de sa génitrice. Une fine couche de perles de larmes qui finirent bien par couler sur les joues désormais toutes plissées de celle qui fut la mouture originale de ce premier bébé.

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Un texte très fort aux images puissantes qui s'enchaînent avec facilité... pour le lecteur ! J'aime le jeu de sonorité du dernier paragraphe. Bravo !

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