La madeleine de Mylène

Par la fenêtre s’engouffre un savoureux vent chaud. Il caresse paresseusement ma peau, la réveille en douceur, agite mes cheveux, m’appelle à ouvrir les yeux. Pourtant, je m’y refuse, je veux apprécier, rester encore sous les draps à l’odeur de lavande.

J’inspire profondément, me prélasse, m’étire en grognant presque pour me blottir juste après. Je vais attendre la deuxième sonnerie du réveil. Les minutes s’écoulent et je distingue le premier chant des oiseaux. Il résonne à mes oreilles telle une mélodie d’un autre temps. J’ai l’impression de rajeunir, de revenir en arrière, de retrouver ma chambre d’adolescente, la sécurité de la maison, mon insouciance. Je perçois presque les cigales venir apporter leur délicieuse note d’été avec cette odeur de toast grillé à faire frémir mes narines. Le goût de la marmelade, de mes doigts sucrés, des rires de ma sœur…

Il y a comme un monde sous j’accent, oublié, infini qui ressurgit. Le souffle continue de me chatouiller, je pourrais presque croire que c’est maman qui vient me réveiller tendrement, par une caresse. Et je la sens, si fébrile, mais bien là ! J’anticipe même le vacarme de la tronçonneuse ou d’un autre outil. Mon père et son bricolage bruyant du dimanche.

Je souris toute seule, je suis sûre que je vais l’entendre, ce ronronnement incessant, qui me sortait si rapidement de ma torpeur. Je m’énerverai, irai pied nu sur le carrelage brûlant de chaleur. Je lui crierai d’arrêter d’être chiant et il me répondrait qu’il a besoin d’aide. Je perçois presque sa voix égoïste venir m’ennuyer et me demander de me dépêcher.

Mon cœur s’emballe, qu’il pouvait m’agacer, mais c’était si amusant aussi d’apprendre à ses côtés. Je me revois marcher sur les épines de sapin sur le sol de pierre du jardin. J’attends encore un peu, m’imprègne des impressions, c’est comme si la maison coulait en moi. Je retrouve les imperfections, le bois de la rambarde, les escaliers… Je vais pour monter, il fait si beau, ça sent si bon la lavande et puis, là, brutalement, mon réveil sonne.

Je me redresse, la caresse de ma mère reste présente sur mes cheveux. C’est étrange, je la sens, mais elle n’est pas là. Je n’ose pas toucher ma peau de peur que la sensation disparaisse. Le soleil brille par la fenêtre, mais il n’y a pas de cigales, seulement le chant des oiseaux et cette odeur de toast grillé.

Alléchée, je me lève en me demandant si nous avons de la marmelade. J’espère sans trop y croire. J’arrive dans la cuisine, mon mari me sourit, il a fait chauffer des croissants. Ce n’est pas si mal aussi comme réveil.

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