La durée

Mis à jour : 26 août 2019

Lipogramme La durée

Nous ne pouvons pas regarder l’arbre et les fleurs pousser, pas plus que le fleuve couler, le temps qu’on y passe nous vole nos années.

Au début, après le blanc, elles forcent le sol pour émerger, leurs verts et leurs couleurs nous pansent les yeux.

Elles se contentent de peu, du sol et de l’eau et de quelques rayons. S’ouvrent lentement, se vautrent dans le temps.

Et alors, les pétales des fleurs volent et dansent dans le vent et se posent doucement sur notre peau chaude d’été.

Et c’est au moment juste avant leur trépas que leur odeur est la plus touchante et la plus troublante surtout quand le jour meurt en même temps.

Un peu comme les moments de notre jeunesse.

Et quand elles sont mortes, d’autres prennent la relève pour nous permettre de rêver, plonger dans notre âme jusqu’à la moelle et permettre la poussée.

Ce ne sont plus les mêmes et pourtant, même sans nous tout cela va perdurer, d’une façon ou d’une autre...

Nous n’aurons plus de nous qu’une effluve, une trace, peut-être une branchette desséchée, toute blanche et torturée, pensent-elles.

Pourtant leurs cœurs et leurs semences dorment dans la terre et les moments doux vont les ramener.

L’eau est plus douce et plus cruelle encore, toujours la même et toujours autre. Plus on la regarde et plus on se perd.

Son murmure nous envoûte, nous conte de beaux rêves, nous berce et nous endort pour un instant.

Par moment l’on se pense chêne calmement penché au dessus d’elle, à d’autres roseau ployé jusqu’aux genoux.

Parfois on est roseau en se pensant chêne, ou l’inverse, ou les deux à la fois. Est-ce à cause de l’âme de l’eau? Ou de la nôtre?

La mer, on peut y jouer comme une méduse , s’y reposer comme une grande gorgone ou des coraux. Comme on peut s’y blesser, catapultée par la vague ou noyée par le courant.

M’y perdre pour toujours un beau jour chaud de mes 104 ans...


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