L'habit du moine de Jo du lac

Haute-couture


Jacqueline chérissait le projet d’aller voir l’exposition sur le célèbre couturier Dior, à l’affiche au musée McCord. Elle avait déjà retenu une date: jeudi 29 avril, juste quelques jours avant la fin de l’évènement.

C’est qu’elle espérait, elle rêvait un printemps doux et clément. Elle avait tellement envie de profiter de cette occasion pour porter certains de ses plus beaux vêtements et ainsi parader telle une effigie du grand Maître.

Elle pourrait enfin sortir en chaussure. Au pire, un léger bottillon, le noir en cuir patin!

Est-ce que c’est toujours de mise de dire; cuir patin, se demanda-t-elle?

Peu importe, ce serait celui-là. Son bout rond et son talon carré lui assureraient confort et élégance. Déjà, elle fouillait sa garde-robe pour trouver la tenue qu’elle porterait pour cette sortie.

Sa petite robe en crêpe noire, tellement Dior, pourrait être une belle option. Et puis non. Pas une robe. Plutôt, son pantalon de fin lainage à jambe évasé. Il cacherait ses mollets un peu trop formés à son goût. Elle l’accompagnerait de sa blouse de mousseline ivoire à jabot; un léger jabot. Son cou n’était pas assez long pour trop de frivolité. Sauf que son cou, il fallait le couvrir. Subtilement, mais… il avait pris des plis au fil des ans.


La fin avril s’annonçait agréable. Elle endosserait sa jolie veste de tweed aux camaïeux de rosées, surpiqué d’un discret fil argenté. Un modèle de Chanel. Un peu chic pour l’après-midi, mais il y avait si longtemps qu’elle trainait en «mou». À son âge, on peut se permettre quelques extravagances. D’ailleurs, elle enfilerait aussi ses splendides gants de fin cuir rose fuchsia: cette folie qu’elle s’était payée lors d’une virée à New York, il y a quelques années. Alors qu’on pouvait encore voyager.


De Dior, elle possédait une superbe veste cintrée en soie prune qui autrefois soulignait sa silhouette. Mais sa taille de guêpe avait fait place à un petit bedon bien rond. Heureusement, Chanel avait, elle, laissé place aux mouvements, avait permis aux femmes de bouger avec aisance.

Elle porterait aussi son long collier de perle d’eau douce subtilement nacrée.

Et coquetterie, des coquetteries, son bandeau de tête; le noir à pois blanc. L’effet serait «WoW». Et juste avant de partir...une goutte de no#5… de Chanel, évidemment.

Tout, pour faire rager M. Dior!


Le jeudi 29 avril, Jacqueline sortit par la porte de côté; celle du devant m’avait plus de marches, elles s’étaient effondrées avec le temps…

Lorsqu'elle mis pied sur le trottoir, la lumière éclatante du soleil mit un voile de tristesse sur les habits de la vieille dame.Ses bottillons étaient tout éraflés, son pantalon n’avait plus de forme et de sa magnifique veste de tweed, effilochée… ne restait plus que quelques brins du fil argenté.

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