• Jo

L'éveil

Revenir à la vie…


Ses yeux refusent d’en fournir l’effort.


À quoi bon s’ouvrir encore?


La nuit devrait lui sceller les paupières pour de bon.


Les draps rêches, humides de mauvaise sueur, collent à sa peau— se déplier, s’extirper d’eux est une bataille récurrente : Prière muette (pour une fois, mon Dieu) d’en rester prisonnier.


Souffrance.


Ses pieds roulent plus qu’ils ne marchent. Leurs articulations, usées comme la trame laineuse couvrant le plancher crasseux, protestent. Il urine debout, sans viser, dans un état second. Le jet chaud éclabousse le pourtour de la faïence cloutée de rouille. Il s’en fout. Au sol, une souillure aqueuse et nauséabonde efface le motif des tuiles. La brosse à dent sur le coin de l’évier se couvre d’un duvet blanchâtre, tout comme son menton hirsute, reproches du temps passé à se négliger.


Entre les rideaux défraîchis, un ciel Pupille atone s’embrasant dans le reflet

jaunâtre lui tombe sur la gueule sur fond du voyant rouge. Crépitement liquide

d’asphalte monocorde. Partout, des sur les parois de verre de la carafe.

cadavres métalliques aux teintes criardes. L’odeur fade et grasse soulève le cœur.

Des mouettes bruyantes tournoient Nu, tasse à la main, il se prosterne

au-dessus du parking mouillé. Les nuages devant l’écran du portable.

sont là pour rester. Pression distraite sur le Aucune hâte d’apprendre les dernières

bouton « ON » de la cafetière. frasques présidentielles.

Y a-t-il encore quelqu’un pour s’en indigner?

Résigné, il plonge tête première vers l’écran plat. Il en restera prisonnier jusqu’à la dernière


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