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Journal de Marie-Josée Lemay

Dernière mise à jour : 26 août 2019

Samedi, 1er décembre

Des corps se déposent sur le sol d’une salle surchauffée. À l’avant, deux animateurs préparent leur matériel : une panoplie d’instruments et de châles colorés. Au signal, nous fermons les yeux avec la consigne de ne pas s’endormir. Soudain, affluent aux narines des vagues fleuries. Puis, malgré un inconfort dû à la minceur du tapis de sol, je me retrouve près d’une fontaine, d’un feu crépitant, de bruissements de feuilles en forêt. Des tintements me font entrevoir la voute étoilée. À peine quelques minutes semblent s’être écoulées quand retentit le gong annonçant la fin de la séance d’une heure.


Dimanche, 2 décembre

Enfoncé dans une mer d’oreillers sur son fauteuil capitaine, mon conjoint reçoit. Notre appartement est devenu un salon de thé improvisé que les invités visitent au gré de leurs disponibilités, sur un simple coup de fil ou par texto. Les chaises de cuisine encerclent alors le narrateur, tandis qu’il débite ses péripéties dans le système de santé. Tel un chalutier naviguant en haute mer qui cherche à revenir au port au beau milieu de la tempête, il raconte comment l’équipe de médecins part à la pêche pour découvrir l’origine de son mal. Les visages attentifs l’écoutent en sirotant leurs tisanes.


Lundi 3 décembre

Nous sommes trois. Sur la table, se déroulent au rythme d’une musique entraînante les papiers aux tons chatoyants. La cadence s’est ajustée au cours de la première demi-heure, et se maintient depuis dans un ballet incessant de ciseaux, mesure de formes et rubans adhésifs. Les jouets, cachés dans les armoires, sont sélectionnés cinq ou six à la fois. Quelques pièces sont de véritables défis à emballer. Le nom de l’enfant est apposé en touche finale, tel un trophée après une dure bataille. Dos tendus et courbatures deviennent exponentiels au rythme de l’accumulation d’une montagne de présents. Personne ne sera oublié.


Mardi 4 décembre

J’accompagne mon conjoint dans le bureau de la radiooncologue. Ici, au CHUM, tout est et blanc et net. À l’entrée, des bornes futuristes remplacent la réception. Pour avoir accès à ce haut lieu de la science, il est nécessaire de montrer patte blanche et prouver que le problème est digne des grands spécialistes. Dans notre cas, le trajet a consisté en de nombreux aller-retour à partir d’une chambre de l’hôpital Notre-Dame jusqu’à ce que le département d’oncologie de ce haut lieu universitaire daigne prendre mon amoureux en charge. C’est fait. Il est maintenant entre bonnes mains.


Mercredi matin 5 décembre

La boulangerie du coin s’agrandit encore. Elle couvre maintenant tout un pâté de maisons. Quelques tables y subsistent depuis le démantèlement de la terrasse d’été. Toutefois, les bruits de marteaux et tournevis s’activent dans l’arrière-boutique. Une odeur délicieuse m’enveloppe. Assise au comptoir, j’observe les gens qui s’attardent devant les nouvelles affiches du cinéma de l’autre côté de la rue. Derrière moi, le son d’une voix couvre la musique festive : une cliente s’informe au sujet des fameuses bûches de Noël qui viennent de s’ajouter au menu. Elles sont affichées sur tous les comptoirs; on ne peut pas les rater.


Jeudi 6 décembre

Je suis assise dans une salle de cours de l’UQAM, transformée en salle de projection. Il y a même, à l’entrée, du maïs soufflé et des carrés de pizzas! La pièce est quasiment vide, malgré les quelque quatre-cents personnes intéressées par l’invitation. Au plus trente spectateurs, en retard, incarnent le titre du documentaire : «Indien Time», en bavardant autour de l’encas. Puis, sous nos yeux, onze nations du Québec se révèlent en une série de courts portraits autochtones. Les perles de cette broderie se rajoutent une à une, formant un motif révélé peu à peu à travers l’histoire du film.


Vendredi 7 décembre

Ils arrivent un à un vers onze heures trente. Habituellement, c’est nous qui nous chargeons de l’événement. Pas cette année. La tradition établie depuis vingt ans déjà – dont douze avec moi – vient de changer. Quatre amis se sont invités, les bras chargés de victuailles : mini tourtières, mets froids et desserts. Le salon de thé s’est transformé en une version allégée du brunch de Noël, passé de vingt-cinq amis à six convives. Malgré tout, la table est chargée de mets savoureux. Les conversations sont discrètes, les rires fusent doucement; le ton reste léger et modéré tout au long du repas.

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