Journal de CB

Mis à jour : 23 sept. 2019

Jeudi 5 juillet 2019

Vente trottoir au centre d’achat.  Je démarre en me cognant dans un coin de kiosque pour éviter un enfant surexcité, malhabile à conduire son monstre sur roues électrique. Le père, qui fulmine de devoir courir derrière, n’a que faire de ma lamentable tentative de sourire complice. Je me frappe aux cadres de portes pour éviter le flot toujours renouvelé de personnes à la conduite erratique.  Une troupe compacte d’adolescentes me contraint à rentrer au centre des couleurs criardes d’un présentoir.  Le mélange écœurant d’odeurs où la friture domine et la vue des poubelles vomissant leurs déchets de l’aire de restauration me forcent à effectuer d’alambiqués détours. Des talons décidés frappent le carrelage de tous côtés, accompagnés du raclement débilitant d’espadrilles mal attachées et du claquement intempestif de sandales fébriles. Le bourdonnement incessant des conversations entrecroisées rend quasi inaudible le fil de mes pensées. Finalement, je me suis enfuie avec un lot de trois paires de chaussettes au lieu du pantalon recherché. J’aviserai le mois prochain.


Lundi 26 juillet 2019

L’autobus qui me mène à toi est quasiment vide. Il fait encore nuit. Portée par le roulis, je nous revois dans le vieux fauteuil berçant. Fusionnées l’une à l’autre, ta tête minuscule nichée dans mon cou, ton corps en position de grenouille si léger sur mon bras. Juste à fermer les yeux me reviens ton odeur, la douceur de ta peau. Le jour commence tout juste à poindre. Dans chaque lac par la vitre je retrouve le profond de tes prunelles.


Vendredi 30 août

Cette nuit m’est revenu d’un fort lointain passé une formule qui s’était alors imposée à moi comme une illumination. “Comme les longs hennissements des chevaux fous dans la tourmente”. Il serait peut-être temps d’en faire enfin quelque chose.

Lundi 2 septembre 2019

Balade en amoureux au Vieux port. Le soleil paresse un peu coté chaleur. Les jeux d’eau sont encore ouverts, au grand plaisir des quelques enfants qui s’y chamaillent. Les parterres éblouissent par leurs couleurs toujours aussi vives, leurs feuillages profonds. Le long des allées, je laisse mes doigts jouer dans les herbacées. Quelques goélands, attentifs aux pique-niqueurs, s’encouragent sur des piliers de la promenade, le long de l’eau. Comme d’habitude, la petite mare est un cloaque et nous nous émerveillons une fois de plus que les nénuphars puissent y survivre. Mais notre banc familier, au centre des buissons qui l’entourent a eu droit à un petit coup de pinceau. La fontaine nous fait cadeau de quelques gouttelettes portées par le vent. L’ancienne aire de jeu est couverte d’herbes folles. Sans doute, l’an prochain, y verrons-nous de nouvelles installations.


Mardi 3 septembre 

Journée à rayer du calendrier. J’aurai dû rester couchée.


Jeudi 5 septembre

Faire des conserves a quelque chose de rassurant. Mon petit côté écureuil sans doute. La certitude de manger sain (merci à Adrien, fermier bio de St-Fulgence !).  Et ça permet à ma fille, dans son lointain chez soi, de manger encore un peu, parfois, les repas de sa maman (qui, de la mère ou la fille s’en trouve le plus contentée ?). Mais ça ne laisse décidemment pas grand temps dans la journée pour faire quoi que ce soit d’autre !


Samedi 7 septembre 2019

Le Saguenay est un miroir. Les piliers du pont s’y reflètent dans un mélange de vert, jaune et orangé. Le ciel se pare tranquillement de teintes variées, douces et sereines en ce début de soirée de fin d’été. Les arbres ne bruissent plus et la circulation, anémique, émet à peine quelques chuintements au loin. Les oiseaux se sont tus, endormis. Les chattes dorment, lovées sur le canapé. Ce n’est plus l’heure de la radio, pas encore celle de la télévision. Je ferme les yeux, respire profondément. Il faudrait bien que je parte une lessive. Plus tard.

0 vue
  • Facebook
  • Twitter
  • Pinterest
  • Pinterest
  • Facebook Social Icône
  • Twitter Icône sociale

© 2019 Éditions Parenthèses