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Journal d’Anna

Mis à jour : 26 août 2019

Le crépitement du feu que mes oreilles captent en solfège hante des souvenirs d’une enfance perdue. Dans les heures tardives des saisons hivernales, la chaleur est remplacée par une peur glaciale qui traverse le corps. Jeune innocent aux traits de famine qui ne demande qu’un peu d’affection. En retour, le prix devient insupportable que depuis ce temps, ses nuits de sommeil s’écourtent.

Le 11 décembre 2018

La pluie tombe sans permission, souille mon seul et plus belhabit, de boue. Mes narines jouent comme un taureau. D’un pas pressé, l’eau s’imbibe sur mes pantalons de velours aux allures d’hommes affaires réputés. Les nodules de doigts se durcissent d’un malaise arthritique insupportable. Ce temps maussade est une malédiction en ce jour de mon soixantième anniversaire.

Le 12 décembre 2018

Sur le comptoir de ma cuisine se trouve un poil d’un animalintrus. Entouré de restes de nourriture pourrie, le dérobé s’est caché.  J'entends le mouvement de pattes, je vois la queue épaisse d’un animal tigre, orange et noir qui joue à cache-cache.Sans doute, l'un de mes locataires oubliés.

Le 13 décembre 2018

Du bout du corridor, des enfants   marchent deux par deux comme des soldats. Des corps clonés pour un but précis. Des pas convaincus résonnent dans mes oreilles d’une urgence assidue.Cette ambiance militaire me surprend.

Le 14 décembre 2018

Étendu sur un gazon jauni, je m’étends, les bras derrière la tête,en position d’observation du domaine firmament. Le blanc ouaté se disperse à une vitesse surprenante que les taches bleues deviennent éphémères. Un spectacle s’anime devant moi gratuitement. Je suis un spectateur privilégié.

Le 15 décembre 2018

Sur la vitre non lavée, une coccinelle trace son chemin vers le haut. Elle avance et recule. Sans issue, elle frappe le bord sans se plaindre. Après plusieurs coups, elle décide d’ouvrir ses ailes et tombe sur mon bras. Elle s’amuse à déjouer mes poils pour se retrouver sur le plancher. J’avance d’un pas. Je me transforme en meurtrier.

Le 16 décembre 2018

En montant les escaliers de mon appartement, des cris, des pleurs se font entendre. Je me fais discret malgré ma curiosité. Une porte entrouverte. Je n’ai pas le courage de pousser cette porte pourtant voisine à la mienne. Incapable de détecter la douleur de l’être de l’autre côté de la porte. Je fige.

Le 17 décembre 2018

Aujourd’hui, je pars faire du jogging à une heure matinale.L’humidité qui transperce mon chandail ne me dérange pas.L'obscurité s’éparpille tranquillement. Passant devant un banc, je vois une personne qui me semble familière. C’est ma tante préférée Clémentine. Je me souviens de ses buffets exorbitants. On l’appelait la cloune de la famille, toujours des blagues juteuses au bout de ses lèvres, égayaient les fêtes. Mais là, elle est méconnaissable. À côté d’elle, une vieille couverture de laine parfumée d’alcool. Son corps lourd, gonflé d’une gourmandise non guérie. Ses yeux sont sombres, sans âme. Le contour des yeux coloré de brun foncé à noir comme un raton laveur est étampé pour toujours. Des taches rouges d’eczéma se retrouvent partout sur sa peau tombante et déformée. Elle me salue avec une voix feutrée et faible. Mon câlin abrupt la fait sursauter. Je continue mon chemin sans entrain. Je sens une pesanteur sur mes épaules, un dégoût pour la vie, une détresse inexplicable. Elle m’a transmis son virus de la dépression.

Le 18 décembre 2018

Ce matin, je prends le métro. Je n’ai pas eu le temps de déglacer la voiture. Il y a foule. Je dois me tenir debout pour une heure de trajet à mon déplaisir. Un individu aux grosses lunettes trop grosses pour son visage attire mon attention. Il est totalement concentré sur un bouquin de l’épaisseur d’un bottin. Je devine que c'est drôle puisqu’il sourit et sort des rires spontanés. Je l’imite sans compromis. Je suis arrivé à mon arrêt. Le trajet m’asemblé plus court que d’habitude.

Le 19 décembre 2018

Au bureau du médecin, face à moi se trouve une jeune fille. Elle semble timide. Elle n’ose pas me regarder dans les yeux. Contrairement à moi. Je l’observe dans tous ses replis et tous ses gestes. Elle a une tête plus grosse que la normale. Son visage se déforme quand elle essaie de sourire à sa mère. Ses mains se cachent dans ses poches. Ses mini poches. Elle est toute menue. Ses jambes trop courtes se balancent avec frénésie sur cette chaise d’adulte. Le premier son de sa bouche sort comme un grognement d’un chiot qui a peur. Elle attend son tour pour voir son médecin. C’est sa première visite. Une seringue étiquetée en son nom est sur le bureau de l’infirmière.

Le 20 décembre 2018

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