Histoire sensorielle de Rabenje Margouillat

Cordillères des Andes, hiver austral, août 2007,


13 heures. Départ de Chillca à destination du Machu Picchu par le chemin des Incas, tracé et construit par eux il y a plus de cinq siècles. Ce sont 45 kilomètres de montagnes russes réparties sur 4 jours de marche.


Ce sentier en terre brune ou en pierres grises avec ses kilomètres de marches inégales est parsemé de ruines grises couvertes de lichen foliacé gris attestant une présence humaine passée. Villages, relais, points d’observation servant de postes avancés stratégiquement bien situés se succèdent tout au long du parcours. Des terrasses cultivables aménagées à flanc de montagne jouxtent les villages.


Il est toujours visible sur des kilomètres, accroché aux flancs de la Cordillère passant brièvement de l’un à l’autre par le fond souvent verdoyant de la vallée.


La végétation aux altitudes inférieures est rarement dense. Très souvent les troncs et les branches des arbres dont certains à l’écorce rouge, sont recouverts de lichens vert-de-gris, leurs feuillages variant du vert impérial au vert sauge. Les fleurs sont rares, leurs pétales généralement d’un violet ou jaune éclatant.


Après une marche épuisante due à l’altitude, à l’état du sentier, au poids du sac à dos, rien de plus désespérant que d’arriver à un col et d’apercevoir le sentier tortueux redescendre tout en bas de la vallée pour remonter au loin vers un autre col.


Heureusement la beauté des paysages très différents d’un col à l’autre, redonne de la vigueur pour continuer. Ces cols sont des passages obligés, le plus haut Warmiwanuska culminant à plus de 14000 pieds, d’autres plafonnant entre 11000 et 12300 pieds.


En s’approchant des cols, le paysage est invariablement le même. La végétation se raréfie à mesure qu’on s’en approche. Seuls les arbustes rabougris à l’allure de Bonzaï géant dont l’âge est trahi par l’écorce résistent aux invisibles bourrasques catabatiques.


Les sommets de la Cordillère sont dépouillés de toute végétation à l’exception d’herbes jaunissantes de très petite taille.


Certains flancs ont cédé aux sempiternels assauts des éléments naturels durant des millénaires laissant d’impressionnantes crevasses quasi verticales aux parois rocheuses de couleurs noir luisant, ocre rouge ou grège.


L’altitude des camps varie et le plus beau est celui de Phuyupatamarka à 12530 pieds. Le lever du soleil est d’une rare beauté lorsque le camp surplombe la couverture nuageuse. Un ciel bleu tel un dôme, recouvre alors le camp, prenant soin de ses hôtes. Seuls des sommets enneigés d’un blanc éclatant dépassent du plancher nuageux blanc laiteux. Blanc et bleu, rien d’autre.


Peu après le col d’Intipunku à 9000 pieds, la cité inca du Machu Picchu surgit dans toute sa splendeur. Cette vue magnifique à couper le souffle révèle l’ingéniosité de ce peuple par son quadrillage de maisons, temples et prison avec au milieu ses terrains de jeux et de rassemblement. Sur les flancs de la cité, ses rangées de terrasses cultivables. La couleur dominante de la cité est le vert gazon qui met en relief toutes les structures en pierres grises façonnées par ce peuple.


C’est à 14h 30 que prend fin cette randonnée riche en émotions.

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