Histoire à trois voix ChicoineL

Histoire à trois voix

1. Le coach personnel

Elle s’appelle Martine et elle marche sur un tapis roulant. Elle a enfilé des leggings noirs et une camisole blanche pour plus de confort. Un bandeau retient ses cheveux savamment décoiffés. Elle a un téléphone à sa ceinture. Elle écoute de la musique et marche en cadence. Son regard glisse entre les corps qui marchent, qui courent, qui pédalent devant elle. Elle sourit. Quelques fois, elle tourne la tête vers la fenêtre. La sueur perle sur son front, sur son cou. Elle attrape sa serviette d’une main et elle éponge son front et son cou.

2. Martine

Je m’appelle Martine et je marche sur un tapis roulant. Mes os ont besoin de bouger sinon, je les entends grincer comme des boulons qui manquent d’huile. Tonifier mes muscles pour aider mes os à supporter la vie qu’ils mènent. Ici, je peux tout faire : marcher, courir, monter, skier, ramper, pomper, muscler.

Je marche et j’écoute des balades espagnoles. Ando y practico mi oreja espaňola. J’ai la musique de Julio Iglesias qui tourne en boucles sur spotify. Si les autres savaient… Je les entends déjà : ce vieux schnock qui chante des chansons à l’eau de rose…Mais n’empêche que pour former une oreille y a rien de mieux et cette musique ne m’agresse pas. J’écoute de la musique et je marche en cadence.

3. Retraité qui s’entraîne

Tiens, elle est là, la jeune cinquantenaire qui a un coach personnel. Elle a mis des leggings noirs ce matin et une camisole blanche des plus moulante. Est-ce qu’elle travaille ? Comment se fait-il qu’elle vienne s’entraîner en plein jour. À cette heure-là tout le monde travaille normalement. Comment fait-elle pour se payer un coach personnel ? C’est elle qui prend mon appareil d’habitude. Elle est arrivée avant moi ce matin. Elle écoute de la musique. Je lui souris. Ses lèvres bougent, ses yeux fuient. J’allais lui parler mais…je crois qu’elle ne s’adresse pas à moi.

1. Le coach personnel

Martine approche sa main droite des commandes de la machine et augmente la difficulté. Ses jambes s’étirent et sa taille se cambre un peu. Sa respiration accélère. Ses bras repliés se synchronisent à ses jambes pour mieux grimper. Soudain, elle penche la tête vers la droite et touche son oreille. Ses yeux posent des questions. Elle soulève son chandail et examine son téléphone en vitesse. Elle semble mécontente.

2. Martine

Assez de vagabondage, un peu de sérieux, je vais grimper. Toujours plus haut. Allez les jambes, du courage, étirez-vous. Préparez-vous pour le golf, ce n’est pas un sport pour p’tits vieux. Marcher quatre heures et demi par monts et par vaux, c’est une journée de travail. Il ne faut pas traîner de la patte car les jeunes loups ne se gêneront pas pour t’avertir : « Aie!, la p’tite vieille, tu prendras une voiturette la prochaine fois. Tu ralentis le jeu. » Encore plus si tu es une femme. Non! Non! J’exagère. Ils sont plus polis que ça. Mais je sentirai quand même leur condescendance, surtout si on m’offre de pousser mon chariot. Je n’entends plus Julio, changement de disque, je suppose. Voyons voir. Rien ne bouge. Ah ! Non ! La pile de mon téléphone agonise.

3. Retraité qui s’entraîne

Wouah! Elle ira loin à cette vitesse ! S’entraîne-t-elle pour le marathon ? Oh! Oh! Quelque chose ne va plus. Son téléphone…je crois. Elle arrache les écouteurs.

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