Expérience sensorielle de Catherine G

Étendue sur le dos, Valérie regarde le plafond sans le voir. Il fait nuit noire. Tout son corps est aux aguets. La chaleur qui émane d’Arthur couché à quelques centimètres d’elle lui parvient par vague. Il s’est installé sur le coté, si elle tourne la tête, elle devine son dos. Elle doit faire beaucoup d’efforts pour ne pas tracer le contour de son corps du bout des doigts. La lune a gagné sa bataille avec les nuages. Un rayon vient éclairer le dos du jeune homme. La main de Valérie s’avance pour le toucher mais elle retient son geste. Qu’est-ce qui lui prend? Maude, cette femme si importante dans sa vie, lui a imposée une règle « Fais ce que tu veux avec qui tu veux tant que cette personne est libre » Arthur n’est pas libre. Elle pose sa main sur son ventre et frémit au contact de ses doigts glacés qu’elle peut sentir à travers le chandail qu’elle porte. Elle tente de calmer sa respiration. Se concentrer sur des choses agréables. Elle doit chasser de ses pensées la vision de Maude étendue sur son lit d’hôpital entre la vie et la mort. Elle y superpose le moment où elle était dans les bras d’Arthur sur un banc à l’extérieur de l’hôpital. Ses bras forts qui la serraient contre lui pour la réchauffer, elle qui frissonnait durant cette fin de nuit d’angoisse. Son souffle tiède dans son cou. Est-ce à ce moment-là qu’elle s’est rendue compte qu’elle voudrait que ces bras ne soient pas seulement amicaux? Elle est trop fatiguée pour analyser le tout. Elle sait seulement qu’elle voudrait encore trouver refuge contre cet homme. Elle se tourne vers le dos. S’approche le plus qu’elle le peut sans le frôler.

— Tu dors? murmure Arthur en se retournant lentement pour ne pas l’écraser

— Non. Je t’ai réveillé?

— Non, pas vraiment.

C’est un demi-mensonge, ils le savent tous les deux. Le jeune homme est maintenant étendu sur le dos tout près de son amie qui se demande si elle devrait laisser plus d’espace entre eux. Leurs bras s’effleurent, pas question de briser ce contact si mince soit-il. Comme s’il pouvait lire en elle, Arthur étend le bras et l’invite à poser sa tête sur son torse. Quand les doigts chauds se referment telle une serre sur son épaule, elle pousse un long soupir. Il l’attire encore plus contre lui. Son corps épouse celui du jeune homme malgré la moiteur de cette nuit d’été. Ne plus penser. Elle apprécie la présence rassurante de son ami de toujours. Elle pose timidement la main sur sa poitrine et essaie de calquer sa respiration sur la sienne, plus calme. Il emprisonne la main glacée et l’étreint pour tenter de lui insuffler un peu de chaleur. Venus de nulle part, les sanglots mouillent ses joues. Sans un mot, il l’attire encore plus près de lui. Ses larmes, trop longtemps retenues, se joignent aux siennes. Leurs corps sont soudés dans leur peine.

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