Diane Dubeau_Histoire de Pâques

J’ai vu un cardinal sauter en parachute. J’étais étendue dans un pré qui était garni de cocos gigantesques. C’était le pré de Pâques, où l’on élève des lapins. Vous connaissez peut-être cet endroit fabuleux, il est près de Bulle en Gruyère, la Suisse est célébrée pour élever les meilleurs lapins producteurs de chocolat. Je regardais le ciel qui est comme vous le savez un dortoir à nuages. Et les nuages, comme les bonnes blanchisseuses qu’elles sont, passaient et repassaient. Elles étaient très intéressées par le cardinal en parachute. Elles prenaient des paris sur le résultat de l’atterrissage du cardinal. Je sais, normalement les nuages sont masculins, mais nous faisons ici affaire à des nuages fluides. Donc masculin et féminin sont possibles. La toile flottante qui se déployait dans l’espace au-dessus du cardinal était violet bordé d’un liséré pourpre, des couleurs canoniques. Les nuages blanchisseuses pariaient des sommes extravagantes en quantité de neige et d’eau de pluie. Un centimètre de neige valant dix fois plus que l’eau de pluie. Étonnant, me direz-vous, mais c’est la préciosité des flocons comparée à la platitude d’une goutte qui en déterminait la valeur. Le cardinal lui descendait toujours, pas du tout affolé, récitant un chapelet long comme une corde à linge. C’est pour cette raison qu’il faisait beau temps et que les nuages pouvaient parier des sommes astronomiques se sentant pleins de tout ce qu’il n’y aurait pas à déverser, du moins pour l’instant. Le chapelet sur la corde à linge est le moyen le plus adéquat pour teindre le ciel en bleu. Sa force colorante est redoutable. C’est pour cette raison que la vierge est toujours habillée de bleu. C’est à cause du chapelet. Ma grand-mère avait aussi les mains bleues quand dans son cercueil on les lui avait entourées du chapelet de suprême qualité puisqu’il venait directement de l’oratoire. Dans le dortoir bleu, le cardinal flottait toujours avec les couleurs canoniques au-dessus de sa tête, entouré des blanchisseuses parieuses. Il était à deux pouces du sol, l’excitation chez les porteuses d’eau était à son comble quand dans un mouvement d’une ampleur ecclésiastique la toile s’étendit, le cardinal en quelques battements d’ailes se dégagea et continua son envolée vers le printemps. Oh en passant, le cardinal mâle qui n’est pas fluide entendons-nous, porte un plumage rouge.

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