Changement de règle de Ève Charette


J’ai quitté mon île

Quand on m'a envoyé

Je l’ai quittée tranquille

Sans chanter ni pleurer

Un beau matin, vous verrez les voiles de mon voilier

Prendre le large vers mon île.

Déjà trois mois que tu nous as quitté. Sans tambour ni trompette par un beau samedi soir : arrêt cardiaque. Ton cœur a cessé de battre sans crier gare. Toi qui étais tellement mais tellement une personne de cœur.

Aujourd’hui, j’avoue avoir senti ton odeur si particulière qui t’ai propre, j’ai presque senti ta présence comme avant.

Ma sœur était là, à un mètre face à moi, elle est radieuse et semble heureuse. Son corps est illuminé par une transparence intense qui traverse ma vision et vient m’envelopper. Est-ce une naissance, une mort ou était-elle déjà vivante ? Qui d’elle ou moi est morte ? Elle tente de communiquer avec moi. Ses lèvres ne bougent pas, mais je comprends ce qu’elle me dit. Elle me dit de ne pas m’inquiéter, quelle est transformée, apaisée et bercé par les vagues.

Perché sur un îlot rocheux, isolée dans un canal au sud du continent, appelé aussi le phare du bout du monde, c’est ici que la conscience devient l’énergie première.

Ainsi, à ciel ouvert le dysfonctionnement appartenant à la matière permet d’abriter la conscience et si jamais la mort surgie notre état de mort clinique produit un état de conscience dominant et permet que le cerveau s’arrête mais pas la conscience.

Toutefois, attention aux stalagmites ! Ce sont elles dont il faut se méfier. Parce qu’elles sont formées à partir des gouttes d'eau tombant sur le sol elles traversent ainsi le terrain et deviennent alors fatales. Au fil des gouttes qui se déposent peuvent aussi se rencontrer des torrents jaillissants. La conscience se désagrègerait aussitôt. L’eau perd sa propriété première et le corps peut se reconstituer en un autre humain, se cristalliser ou se sédimenter sous la forme d’une stalactite.

- Qu’est-ce tu veux dire, mon air égaré ? Je te rappelle que tu viens de mourir et que j’essaie de gérer du mieux que je peux.

- Ouin, ben…C’est raté.

- Notre mère a appelé, Il pleut à deux endroits de la maison, au-dessus de ton bureau et de ton fauteuil préféré !

- Je suis capable de faire bien plus de choses extraordinaires.

- Quelle prétention, je te rappelle que pendant des siècles on a pensé que le cerveau était uniquement celui qui pouvait produire les pensées, tu devrais épargner notre mère. Tu ne crois pas qu’elle pourrait être dépassée par tout ça ?

- Pauvre maman, un phénomène immatériel et elle en perd ses repères.

- J’ai peine à t’entendre, d’où m’appelles-tu ? d’un Boeing 747 ou d’un quartier d’immeubles de 40 étages !

Ici, la marée est impressionnante; elle est plus de cinq fois plus importante que n’importe où ailleurs dans le monde. Je recompose donc, son numéro mais mon téléphone bloque et je ne peux plus écrire, je n’arrive plus à contrôler mes chiffres et des lettres se tapent seule, à une vitesse folle illisible, et d’un coup un message lisible.

J’ai quitté mon Île

Quand on m’a envoyé

Je l’ai quittée tranquille

Sans chanter ni pleurer

Un beau matin

Vous verrez les flammes de ma fusée prendre le ciel vers mon île.

Et tout a disparu, je suis restée ébahie, ça venait de nulle part. Au fur et à mesure que le temps a passé je me suis sentie guidé à travers l’eau. Je me suis agrippée aux racines du fond de l’eau formant comme un échafaudage assurant mon passage sur l’eau.

Et enfin, j’ai senti ton odeur si particulière qui t’ai propre, ta présence familière.

- Tiens tu es là ?

Une alchimie évidente de la vie ou de la mort ?

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