Cerveau gauche et cerveau droit de CB au bureau

C'est au tour d'Élyse d’animer la réunion de travail mensuelle ce soir à 18h, même si elle déteste ça. Elle a colligé les tableaux, graphiques et articles pertinents au cours de la semaine et bâti l'ordre du jour ce matin. Il lui reste à tirer vingt-deux exemplaires du document final pour les personnes présentes. Comme d'habitude, la photocopieuse fonctionne mal. Un technicien doit passer pour régler ce problème, mais en attendant, elle perd du temps à changer de tiroir et à décoincer les feuilles. Elle a de l’encre sur les doigts et après en avoir enlevé le plus gros avec un mouchoir, elle se demande comment en faire disparaître les traces. Une fois les pages triées et mises en tas, elle se rend compte que l’agrafeuse, trouvée après quelques recherches, nécessite d'être rechargée. Celui qui l’a utilisée en dernier aurait dû la remplir avant de la remettre à sa place. Voilà un point qu’Élyse devrait mettre au varia.


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C’est déjà de nouveau au tour d’Élyse d’animer la réunion d’équipe mensuelle, ce soir à 18h. Dieu qu’elle déteste ça ! Le calvaire a débuté en début de semaine, lorsqu’elle a commencé à chercher les éléments pertinents à proposer comme support de réflexion, se demandant sans cesse si elle n’en mettait pas trop, ou au contraire oubliait quelque chose d’important. Elle espère avoir trouvé le bon ordre pour placer ces divers items afin que le document final soit cohérent avec l’ordre du jour dont l’élaboration s’est révélée être un véritable casse-tête ce matin. Il est trop tard désormais pour y changer quoi que ce soit, elle doit tirer le document en nombre suffisant pour chaque personne présente, dont elle espère avoir correctement fait le décompte. Elle est énervée au-delà de tout bon sens. Les oreilles qui bourdonnent, la gorge sèche, le cœur qui bat, elle sent la sueur lui couler dans le dos. La photocopieuse a encore décidé de faire des siennes, évidemment. C'est à se demander si elle ne lui en veut pas personnellement. N’avait-on pas appelé un technicien à ce propos ? Elle perd de précieuses minutes à programmer un tiroir après l'autre sans trop savoir lequel choisir et à se battre avec les feuilles coincées dans les rouleaux. Elle s’aperçoit soudain avec horreur que ses doigts sont couverts d’encre et que les essuyer sur un mouchoir n’enlève que le plus gros. L'angoisse la gagne tandis qu’elle se demande comment faire disparaître les taches restantes pour éviter que tout le monde sache qu'elle a encore eu de la misère avec cette foutue machine. Les larmes lui montent aux yeux et le découragement s'amène au grand galop. La vie est loin d’être un long fleuve tranquille. D’ailleurs, un fleuve peut-il être tranquille, lorsqu’il lui faut jaillir de terre à sa source, se frayer un chemin dans des terres sans cesse différentes, dévaler des collines, creuser des montagnes et se jeter dans la mer ? Sa vie ressemble peut-être à un fleuve, finalement. Rien de tranquille, il faut se battre pour avancer. Être en mouvement, toujours, ce qu’elle ne fait pas présentement, piquée devant la machine infernale qui a fini par cracher les dernières pages. Après une profonde respiration, Élyse tente de calmer ses tremblements pour réussir à classer les feuilles. Elle part alors en quête de l’agrafeuse qui ne se trouve pas dans son tiroir habituel. Ce serait tellement plus facile si chacun y mettait du sien et remettait les choses à leur place ! Il faudrait qu’elle trouve le courage d’en parler au cours de la réunion, d’autant que l’agrafeuse en main, elle se rend compte qu'il n'y a plus d’agrafes dedans.

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