C’est peut-être ce soir que le monde va changer..

Mis à jour : 26 août 2019

( en trois petits contes)


Version 1 (À Gaston)


Un soir dans un petit café sympathique...


Les murs blancs rayonnent de la lueur un peu jaune des ampoules, de très belles et profondes photos font des taches colorées sur les murs. Un air de Blues flotte au plafond.

Une longue table grise.


Quatre hommes et deux femmes sont assis et discutent, la musique n’étouffe pas leurs paroles. On dirait qu’ils parlent d’un scénario que l’un d’eux rédige avec une grande plume d’oie de sa fine main.

De belles lettres sombres ressortent sur le blanc du papier.


Puis, tout d’un coup, tout s’éteint. C’est le noir absolu.

La porte claque, très fort! Quelques cris s’échappent. Un homme grand avec de beaux bras aux veines et aux tatouages sombres vient d’entrer. un des manifestants de la rue que l’on entend assourdis du dehors.


Il regarde puis interpelle l’homme à la plume qui a cessé d’écrire: « Allez le grand, viens m’aider à lancer des pavés, il faut aller se battre pour nos droits! ». Le grand homme le suivit...



(Note de l’auteur: Le lendemain, dans le même café, l’équipe de scénaristes décida d’axer le film sur la solidarité sociale. Ce fut un grand succès...)



Version 2 (À Jerry)


Y’étais pas loin de minuit, dans un p’tit bar ben correct...


Avec des murs pawl , pleins de spot de lumière et de photos en couleur. Y’a un pas pire p’tit Blues qui joue avec un osti de bon guitariste. Y’a une grand table foncée avec quat gars et deux chicks. Y jasent sur un film qu’y vont fair. Y font rien d’autre, sauf un gars avec des grands doigts qui gribouille avec un espèce de plume de drôles de lettres sur un grand papier.


Pis là BAM! Pu de lumières, y fait noir en criss!

Pis là BOUM! La porte cogne fort en osti. Y’en a qui crient un peu. Y’a un aut’gars avec des gros bras pis avec des tatous qui rentre, y vient des carrés rouges et des casseroles qu’on entend un peu. Ça doit être un de ces énarvés d’étudiants.


Le gars qu’y vient d’arriver il l´regarde pis y crie à l’aut qui écrit pu: « Viens pitcher des garnottes aux ostis de beus. » Le gars est allé dehors...



(Note de l’auteur: Le lendemain Jerry, un peu dégelé et dessaoulé organisa un concert-bénéfice dans un parking pour soutenir la cause des étudiants. Le drummer a même fait un solo de casseroles...)




Version 3 (À Anaïs)


Un soir dans un café différent des autres...


La lumière met en relief la texture rugueuse des murs de brique blanchis et les couleurs soyeuses des photos troublantes qui s’y trouvent. Une musique de Blues étoffe l’atmosphère, le contre-chant de la guitare et de la basse sont comme des vibrations sur la peau. Une longue table de bois gris craquelé comme un visage.


Quatre hommes et deux femmes y sont assis, leurs voix sont claires, ils discutent d’un scénario. L’un des hommes caresse des ses longs doigts bruns une page blanche gravée de lettres magnifiques comme une enluminure ou un tableau. Il utilise une plume très précise.


Tout d’un coup la lumière et la musique disparaissent. On entend des cris étouffés et des souffles rauques, puis la porte qui heurte violemment le mur. Un homme grand, avec de longs bras aux muscles découpés, sertis de sobres tatouages monochromes, entre. C’est un des manifestants, on entend un peu leurs chants qui traversent la rue et les murs jusqu’ici.


Il regarde intensément l’homme qui n’écrit plus. Il lui dit: « Vient mon frère, allons lancer des mots pour faire changer le monde »



(Note de l’auteur: Ce soir là, Anaïs décida de commencer un Journal. Elle reste à ce jour persuadée que les idées, la musique et les mots peuvent changer le monde. Qu’ils doivent le faire. Qu’ils sont peut-être la seule façon de le faire profondément...)


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